Ce n’est pas d’hier que la région de Brome-Missisquoi opère son charme auprès de ceux et celles qui parcourent ses routes, ses chemins de campagne et ses sentiers de randonnée. Grâce à son patrimoine bâti loyaliste, sa quinzaine de vignobles, sans oublier ses multiples reliefs flirtant avec la frontière canado-américaine, ce territoire foisonne de panoramas imprégnés d’histoires de toutes sortes. En voici quelques-unes.

Blottie entre l’autoroute 10 et la frontière du Vermont, la MRC de Brome-Missisquoi est à la fois la porte d’entrée des Cantons-de-l’Est… et son berceau.

Sur les chemins qui défilent à travers les champs de Saint-Armand et ses environs, les traces des premiers colons bromisquois sont d’ailleurs encore visibles. Rappelons qu’à la suite à la guerre d’Indépendance américaine ayant pris fin en 1783, des loyalistes souhaitant demeurer fidèles à la Couronne britannique ont remonté le lac Champlain pour venir s’installer dans la baie Missisquoi. Ils y ont fondé Philipsburg.

Près de 250 ans plus tard, les municipalités environnantes de Stanbridge East, Mystic, Bedford et Pigeon Hill continuent de nous proposer un voyage dans le temps. Pour mieux nous guider, divers circuits patrimoniaux (Bedford, Saint-Armand, Frelighsburg…) nous racontent l’histoire culturelle et industrielle du secteur.

Des industries à la pelle

Bien avant de devenir un terreau fertile pour la viticulture et autres produits agrotouristiques, ces collines et vallons qui forment le piémont des Appalaches ont accueilli une foule d’entreprises industrielles. En 1871, on en comptait plus de 245 dans la région, soit les moulins à farine et à scie de Stanbridge, les tanneries de Dunham et Bedford, la manufacture de lainage de Saint-Armand, la manufacture de haches de Bedfordainsi que les manufactures de vêtements de Cowansville.

Ces industries ont largement contribué à l’essor du chemin de fer dans les environs. En 1884, au moins huit compagnies ferroviaires quadrillaient ce coin de pays, faisant de Brome-Missisquoi une des régions canadiennes les plus densément desservies par les voies ferrées.

Au Diable Vert - Magazine Camper Au Diable Vert

Le roi Conrad

Étant voisine des États-Unis, la région s’est évidemment trouvée aux premières loges de la prohibition. En compagnie du coloré Alfred Carpentier, un contrebandier d’alcool fictif, la région de Brome-Missisquoi nous suggère de découvrir l’une des plus intrigantes périodes de son histoire au fil de son circuit autoguidé de la prohibition. Ce parcours, qui s’étend sur un peu plus de 130 kilomètres, nous transporte dans une dizaine de lieux de Cowansville à Lac-Brome, en passant par Abercorn, Glen Sutton et Saint-Armand.

Parmi les anecdotes les plus croustillantes du parcours, basées sur des faits véridiques, jure-t-on à la MRC, il y a celle du contrebandier Conrad Labelle. Tout au long de son « règne », qui a duré de 1920 jusqu’à son arrestation en 1923, ce boulanger, originaire de Farnham, était surnommé le « Roi du bootlegging » du lac Champlain. Il a même été l’un des associés d’Al Capone.

On raconte qu’au volant de sa puissante Studebaker, Conrad pouvait rouler jusqu’à 135 km/h sur les routes de campagne de Saint-Armand afin d’échapper aux douaniers. Pour le protéger des coups de feu, il avait fait blinder d’acier le réservoir d’essence de sa Cadillac. Sur ce même véhicule, il avait aussi installé un rail de chemin de fer comme parechoc pour faciliter son passage à travers les barrages routiers. Habituellement coiffé d’un Stetson, ce brigand n’a jamais été condamné pour ses méfaits. On dit qu’il a vécu jusqu’en 1995 et est décédé, sans le sou, à l’âge de 98 ans. Dans une entrevue accordée au magazine Perspective en 1975, l’audacieux contrebandier confiait avoir dépensé beaucoup d’argent pour l’alcool, les femmes et les voitures de luxe. « Le reste, je l’ai gaspillé! » disait-il.

Farnham - Magazine Camper Farnham
Sutton - Magazine Camper Sutton

La reine de la Missisquoi

Outre ce personnage qui a fait la pluie et le beau temps, les routes frontalières de Brome-Missisquoi ont été témoins de l’ascension d’établissements fort populaires pendant la prohibition, notamment du Palace of Sin qui appartenait à la tenancière Lillian Miner. Même le train de la Canadian Pacific Railways (des voies ferrées, il y en avait partout sur le territoire) arrêtait devant pour y déposer des passagers et les reprendre quelques heures plus tard.

À l’instar de la bibliothèque de Stanstead, qui fait les manchettes depuis l’élection de l’administration Trump, ce bâtiment de trois étages avait, lui aussi, la particularité d’être aménagé à cheval sur la frontière canado-américaine, quelque part sur le chemin Cushion, entre Glen Sutton et East Richford, au Vermont. En passant, pas la peine de le chercher, il n’existe plus.

Quoi qu’il en soit, celle que l’on surnommait Queen Lil avait fait construire cet hôtel mythique qui disposait de deux bars: un de chaque côté de la frontière. Une configuration qui permettait à la clientèle d’échapper aux raids policiers en traversant d’un côté ou de l’autre de la ligne. Ce stratagème a fonctionné jusqu’au 12 juin 1925, jour où les forces policières américaines et canadiennes ont encerclé les lieux pour y effectuer une descente concertée.

Le « seau de sang »

Tout comme Glen Sutton, le coeur du village d’Abercorn ne dispose plus d’indices témoignant de la trépidante vie nocturne qu’il offrait au tournant du 20e siècle. Pourtant, au plus fort de la prohibition, cette petite communauté ne comptait pas moins de cinq hôtels fort achalandés.

Le plus légendaire d’entre tous était le Bucket of Blood. Située tout près des douanes canadiennes sur la route 139, cette petite cabane de bois remplie de bouteilles d’alcool avait la réputation d’être le constant théâtre de batailles et de règlements de comptes. Selon un douanier de l’époque, Gérard Beauregard: « ça se pognait, ça se bataillait et ça se mangeait les oreilles! ». On raconte qu’en 1899, un résident d’Abercorn aurait tenté de détruire cet établissement à l’aide d’explosifs. On l’a retrouvé mort, son corps attaché… à une voie ferrée.

Des géantes au x360 millions de bougies

Sur une note plus légère, Brome-Missisquoi, c’est aussi la riche histoire géologique de ses massifs appalachiens qui sont visibles à des kilomètres à la ronde. Bien qu’ils occupent moins de 9% de l’ensemble du territoire, les monts Sutton, Glen, Foster et Brock ont cette particularité de s’inviter dans la plupart des paysages bromisquois où l’on pose les yeux.

On doit leur formation à la faille de Logan, fracture terrestre qui part du lac Champlain jusqu’au golfe du Saint-Laurent. Ces géantes ont vu le jour il y a plus de 360 millions d’années lorsque des ilots continentaux sont entrés en collision avec l’Amérique du Nord. À l’époque, ces montagnes avaient l’allure des Rocheuses. Le vent et les différentes phases de glaciation ont fini par leur donner l’aspect arrondi qu’elles présentent aujourd’hui. L’un de ses versants, la face nord du Round Top des monts Sutton qui culmine à 962 mètres, est devenu l’une des plus populaires stations de ski de la province, le mont Sutton.

Centre-ville de Bromont - Magazine Camper Centre-ville de Bromont

En raison de son fort relief, ce secteur montagneux n’était pas propice à l’agriculture et à d’autres formes d’exploitation. On raconte qu’au temps de la colonisation au 18e siècle, la seule façon d’atteindre la vallée de la rivière Missisquoi était à l’aide d’une barque depuis le Vermont. En fait, il faudra attendre au 19e siècle pour que soit aménagée une toute petite route entre Abercorn et Highwater. Aujourd’hui, ce passage, qui se faufile entre les montagnes, se veut l’une des plus belles routes panoramiques de la région que l’on peut admirer en VR, ou à vélo si l’on a les jambes pour le faire.

Où camper?

Cinq campings pour apprécier les paysages de Brome-Missisquoi

Camping des sommets, Bromont
Des tonnes d’activités, dont le vendredi cinéma popcorn, attendent les campeurs qui séjourneront sur ce camping de près de 250 emplacements. On peut y louer une foule d’équipements dont des vélos électriques, des planches à pagaie et des kayaks.

Camping Domaine Tournesol, Cowansville
Essentiellement occupé par des saisonniers, ce vaste camping cinq étoiles dispose d’une soixantaine d’emplacements pour les campeurs nomades. On y trouve une grande piscine chauffée, des jeux d’eau ainsi qu’un circuit pour mini-voitures téléguidées.

Huttopia Sutton - Magazine Camper Huttopia Sutton

Au Diable vert, Sutton
Depuis plus de 25 ans, cette destination propose du camping sous la tente ou une expérience particulière sous le toit de ses différents refuges. L’endroit suggère également une foule d’activités, dont l’ObservÉtoiles, du kayak et de la randonnée pédestre dans les monts Sutton.

Camping Fairmont, Brome
Situé dans le pittoresque secteur Iron Hill, cette destination familiale d’un peu plus de 100 emplacements est en voie de devenir un camping privé réservé aux saisonniers. Seuls les vacanciers qui souhaitent y séjourner plus d’une semaine pourront également réserver.

Camping Nature Plein Air, canton de Potton
Même s’il ne fait pas officiellement partie de la région, ce camping de près de 150 emplacements en bordure de la rivière Missisquoi permet de séjourner à proximité de ses décors montagneux situés entre les monts Sutton et le Vermont. Les chiens y sont les bienvenus.

 

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