Le mutualisme, vous connaissez? De façon simplifiée et un peu adaptée au sujet, c’est le concept selon lequel deux organismes interagissent entre eux et en tirent chacun un bénéfice. L’idée est attrayante, non? C’est ce qu’offrent les réseaux Terego et Harvest Hosts alors qu’ils facilitent les contacts entre des entreprises agrotouristiques (ou autres) et des caravaniers. Chacun y trouve son compte.

On entend parfois dire que Terego et Harvest Hosts sont des options de camping gratuit chez un producteur. C’est faux. Tout d’abord, il faut payer un abonnement annuel afin d’être membre du groupe. Ensuite, pensez-y bien: quels sont les avantages pour l’hôte de vous accueillir ainsi? Les seuls qu’il en retire sont d’augmenter sa visibilité et d’espérer vous vendre ses produits ou services. Alors non, ce n’est pas gratuit, mais il suffit de quelques visites à peine pour rentabiliser l’abonnement annuel. De plus, le fait de payer une contribution volontaire de 30$, par exemple, pour acheter une bouteille de vin, des pâtisseries, du pain ou des fruits et légumes représente vraiment un « trois pour un »: on a accès à un endroit sécuritaire et agréable pour dormir, on en profite pour emplir son frigo et on vit une belle expérience. Alors non, ce n’est pas gratuit, mais presque. 

Pour ce qui est de l’offre à passer la nuit, et bien, ce n’est pas du camping non plus. Le caravanier doit être totalement autonome, à la fois en énergie et en eau. La plupart du temps, sauf indication contraire, l’utilisation d’un barbecue extérieur ou d’autres activités associées à la vie sur un camping sont interdites. Bref, le caravanier a droit à un espace de stationnement pour la nuit, c’est tout. Cependant, il arrive que certains hôtes offrent un peu plus, ce que l’on découvre au cas par cas. 

L’espace où passer la nuit peut se trouver dans le stationnement de l’hôte, près de la route ou au beau milieu d’un champ ou d’un verger avec une vue imprenable sur les environs, il n’y a pas de règle fixe à ce sujet. Si toutes les tailles d’autocaravanes ou de VR tractés sont en théorie acceptées (mais pas les tentes), il faut à l’occasion valider cela avec l’hôte. En effet, il arrive que l’espace manque, que l’emplacement soit sur l’herbe, le sable ou la terre et de ce fait mou et glissant, ou même au fond d’un petit chemin étroit, très étroit. La durée du séjour se limite habituellement à une nuit, mais il peut parfois s’étendre s’il y a entente préalable. Enfin, au-delà d’un bel endroit où passer la nuit et des produits et services obtenus, il y a l’expérience. Car il faut l’avouer, pour être à la fois hôte et producteur, il faut être passionné. Et cette passion se retrouve le plus souvent partagée avec les invités. Ainsi, le caravanier a droit à une visite des lieux, des explications, des anecdotes… Bref, à une expérience enrichissante qui va bien au-delà d’une transaction à l’esprit purement mercantile.

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Un peu d'histoire

Il faut revenir en 1992 pour voir apparaitre ce concept en France. Un certain Pierre Giroux, alors éditeur de Cépages Magazine, a eu l’idée de créer un réseau d’accueil parmi les vignerons pour les caravaniers de passage. En 1997 s’y joignent des producteurs de fromages, de miel, de fruits et autres. Aujourd’hui, plus de 2 200 hôtes membres offrent leur hospitalité, répartis dans tous les départements français. L’idée a fait des petits en Europe, en Nouvelle-Zélande et maintenant en Amérique du Nord (voir le bloc pour en savoir plus).

Partout au Canada, Terego

C’est d’ailleurs lors d’un voyage en Nouvelle-Zélande qu’une mère et sa fille, Michèle et Karine Morin, ont eu l’idée d’offrir quelque chose de similaire, ici, au Québec. En 2017, elles créaient Terroir en VR. Le nom a par la suite changé pour Terego afin de mieux percer le marché canadien anglais, quand l’offre s’est étendue à tout le Canada. Terego se dit mieux en anglais que Terroir… 

Michèle, fraichement retraitée d’un poste de directrice dans le milieu de la santé, et Karine, ancienne journaliste à Radio-Canada, ont uni leurs compétences et leurs efforts pour bâtir ce réseau d’hôtes. Le nombre de stationnements continue toujours de croitre et, au moment d’écrire ces lignes, 1 572 emplacements étaient offerts chez 510 hôtes parsemés de la Colombie-Britannique à Terre-Neuve. L’excellent site web du réseau et surtout l’application (offerte sur iOs et Android) facilite grandement la recherche d’un hôte. À l’aide de filtres et d’une carte, il est possible de cibler l’endroit et le produit recherchés. Ensuite, il faut entrer en contact avec l’hôte, par l’intermédiaire de l’application, et attendre la confirmation. Aussi facile que ça! Terego est maintenant bien établi au Québec et la diversité des hôtes s’avère surprenante. Les filtres de recherche proposent d’ailleurs une douzaine de thèmes, dont vignobles, distilleries, microbrasseries, mielleries, fruits et légumes et même soins corporels, activités culturelles ou de plein air. Vraiment, il y en a partout et pour tous les gouts.

L’espace où passer la nuit peut se trouver dans le stationnement de l’hôte, près de la route ou au beau milieu d’un champ ou d’un verger avec une vue imprenable sur les environs, il n’y a pas de règle fixe à ce sujet. - Magazine Camper L’espace où passer la nuit peut se trouver dans le stationnement de l’hôte, près de la route ou au beau milieu d’un champ ou d’un verger avec une vue imprenable sur les environs, il n’y a pas de règle fixe à ce sujet.

Harvest Hosts, aux États-Unis et ailleurs

Harvest Hosts s’inspire du même concept. Le réseau a été développé initialement aux États-Unis, bien qu’il propose maintenant des sites au Québec et ailleurs au Canada. Joel Holland, un entrepreneur dans le domaine de la techno, et sa femme vétérinaire ont acheté la bannière en 2018 des initiateurs du projet, Don et Kim Greene, qui l’avaient lancée en 2010. Au cours de ces huit premières années, le nombre d’hôtes était passé de 600 à 5 277! Avec un abonnement à 99 US$ par an (souvent offert en réduction de 15%), le membre a accès à une diversité de lieux impressionnante, allant du vignoble à la ferme aux attractions touristiques plus traditionnelles. Encore ici, le site web et surtout l’application facilitent grandement les échanges. L’information se trouve au bout des doigts et les réponses sont (généralement) rapides. 

Deux choses différencient toutefois Harvest Hosts de Terego. La première est l’option de s’abonner (avec une légère réduction) à d’autres services. Ainsi, pour un petit supplément, il est possible d’ajouter les golfs aux hôtes inclus dans l’offre de base, ce qui ajoute 399 endroits de plus. La seconde option, encore plus intéressante pour les caravaniers, est le réseau Boondockers Welcome. Celui-ci rassemble des individus, mordus de caravaning pour la plupart, qui désirent redonner au suivant et, pour ce faire, offrent un espace de stationnement dans leur cour tout à fait gratuitement. Il suffit de communiquer avec un hôte par l’intermédiaire de l’application et de s’entendre sur la date et l’heure d’arrivée. Certains offrent même, parfois à faible cout, la possibilité d’utiliser l’électricité ou de faire le plein d’eau potable. Génial. Un abonnement incluant ces deux options additionnelles revient à 179 US$ par an.

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Mon expérience personnelle

Si je vous parle aujourd’hui de ces réseaux d’hôtes, c’est que j’ai le bonheur de les utiliser depuis déjà plusieurs années au Québec, ailleurs au Canada et aux États-Unis. Il me reste à tenter l’expérience hors de ces deux pays, ce qui viendra plus tard, je l’espère. J’ai rencontré les très sympathiques Michèle et Karine Morin de Terego il y a plusieurs années et j’ai alors commencé, graduellement, à découvrir les avantages d’être membre. Je me suis par la suite joint à Harvest Hosts et Boondockers Welcome afin d’élargir mes options, puisque je sillonne aussi les routes des États-Unis. 

En fonction de l’itinéraire choisi, on peut facilement identifier sur l’application, à l’aide d’un petit cœur, les hôtes sur son chemin. Par la suite, on raffine la recherche en fonction de l’offre, de ses propres gouts, contraintes et besoins. La plupart des hôtes possèdent des emplacements relativement de niveau. Les cales sont rarement nécessaires. Toutefois, il faut bien prendre note de l’espace disponible en fonction de la longueur de son VR, et du type de stationnement. Dans mon cas, avec une camionnette, une caravane portée et des kayaks sur le toit, la hauteur cause parfois des soucis, car l’ensemble fait près de 13 pi 6 po en hauteur. Toutefois, le fait d’avoir une bonne garde au sol et surtout la traction intégrale permet d’aller parfois loin dans un champ, au beau milieu des épis de maïs, des bleuets, des pommiers ou même des argousiers. Si se garer tout près dans le stationnement d’une microbrasserie, d’une distillerie ou d’un vignoble se révèle plutôt pratique, surtout si l’on a opté pour une dégustation bien arrosée, il faut aussi considérer que l’endroit peut être bruyant, s’il se trouve près de la route ou que la fête se poursuit jusqu’à tard dans la nuit. 

Bien que la plupart des hôtes répondent rapidement, tous n’acceptent pas les demandes pour la journée même. De plus, le nombre de places étant limité, il peut arriver que l’on essuie un refus. Une certaine planification s’impose donc. De façon générale, nos expériences ont été très bonnes, si bien que ma conjointe Sylvie et moi renouvelons nos abonnements chaque année. Comme dans toute chose, il est aussi arrivé que nous soyons un peu déçus. Rien n’est parfait. Ainsi, le manque de choix et de qualité, dans certains cas, nous a fait repartir avec des pommes rabougries ou des légumes flétris. La saison avait peut-être été mauvaise et tirait à sa fin, probablement… Ailleurs, nous avons senti une pression indue pour acheter. Nous avons déjà déboursé, en toute connaissance de cause, près de 100 US$ pour une dégustation dans un vignoble, alors qu’aucun vin n’était à la hauteur. Mais je ne voudrais pas terminer sur ces notes négatives puisque nous avons accumulé tant de belles expériences! Que ce soit des rencontres inspirantes, des produits délicieux ou des lieux magnifiques, ces visites ont marqué notre mémoire. Je pense notamment à ces dodos au milieu de vignes ou de pommiers, mais aussi dans des champs de maïs, de bleuets ou d’argousiers, bien cachés de tous. Et que dire de cette visite dans une plantation de canne à sucre ou à cette microbrasserie juchée dans les montagnes de Virginie? Je rêve déjà à nos prochaines sorties. D’ailleurs, la prochaine est prévue pour… demain!  

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