Comme pour bien des gens, visiter les Iles, comme on dit, était sur notre courte liste de voyages à faire absolument. Les années passaient, mais les étoiles ne s’alignaient pas. Puis, une ouverture s’est présentée et une idée a germé. Pourquoi ne pas visiter ce coin du Québec avant la saison touristique?

L’archipel compte douze iles d’importance, dont six sont reliées entre elles par des dunes sur lesquelles une route asphaltée s’agrippe, parfois tant bien que mal. On peut ainsi parcourir aisément les 88 kilomètres qui séparent la pointe ouest du croissant formé par les terres de la pointe est. Situé au cœur du golfe du Saint-Laurent, l’archipel jouit d’un climat maritime. Les hivers y sont doux et les étés exempts de canicule. Le printemps, comme on a pu l’observer, est plutôt frais, avec des épisodes de brouillard fréquents et de pluie. Le vent, quant à lui, est omniprésent… ou presque.

Pourquoi en début de saison?

Notre décision de nous y rendre dans les premières semaines de juin n’était pas anodine. À la fin du printemps, les températures sont plus chaudes qu’en mai. Ce n’est toutefois pas encore l’affluence touristique de la haute saison. Il y a donc moins de monde sur les 300 kilomètres de plages de l’archipel, dans les campings et sur l’unique route qui relie l’ensemble des iles. De plus, des facteurs d’économie et de disponibilité entraient en jeu. Je ne parle pas seulement de l’offre d’hébergement, mais aussi du transport. La façon la plus commune d’accéder aux Iles en véhicule récréatif est d’emprunter le pont de la Confédération qui relie le Nouveau-Brunswick à l’ile du Prince-Édouard. Il faut ensuite prendre le traversier de la CTMA entre Souris et Cap-aux-Meules. La traversée, qui dure environ cinq heures, est facturée en fonction du nombre de personnes et de la longueur du véhicule. Au moment d’écrire ces lignes, les tarifs de basse saison (15 septembre–14 juin) représentent une économie de 65$ pour deux adultes de 60 ans ou plus et un véhicule de moins de 7,6 m (25 pi). Les plages de disponibilité sont aussi plus nombreuses. Bref, nous étions prêts à mettre une petite laine afin de profiter de ce que les Iles ont à offrir alors qu’il y a moins de touristes. Vous ai-je dit aussi que le début de juin tombe en plein pendant la saison de pêche au homard? Crustacés frais à l’horizon!

Premier contact

C’est le nez rivé à la baie vitrée de la proue du traversier que l’on devine, à travers un banc de brouillard, l’ile d’Entrée. On se dit qu’il faudra y faire un tour, si l’occasion se présente. Pour l’instant, il faut toutefois retourner à la caravane stationnée sur le pont inférieur et débarquer au quai de Cap-aux-Meules. Cette ile est la plus densément peuplée de l’archipel et en constitue le centre administratif et économique. Son bureau d’information touristique nous accueille et complète l’information glanée au fil de l’exploration de l’excellent site web de Tourisme Îles-de-la-Madeleine. On peut aussi saisir cette belle occasion pour faire des provisions et même s’attabler à l’un des nombreux cafés ou restaurants. 

Le petit sentier du Littoral, tout près du quai, ne fait que deux kilomètres, mais son belvédère que l’on atteint après avoir gravi 187 marches, vole sans contredit la vedette. Quelle vue inspirante! Planter ses pénates au parc de Gros-Cap, à environ cinq kilomètres au sud-ouest, offre l’avantage de profiter d’un lieu calme au panorama séduisant tout en étant près du centre de Cap-aux-Meules. De plus, à seulement quelques kilomètres plus au nord-ouest, on peut partir à la découverte du village de L’Étang-du-Nord. On passe inévitablement par l’imposante église de bois de La Vernière pour ensuite découvrir l’aménagement de l’anse de L’Étang-du-Nord. Un lieu de marche sympathique qui longe la baie et donne un premier avant-gout du fameux parcours « Entre Vents et Marées », qui sillonne l’archipel au fil de 230 kilomètres de sentiers bien balisés. Il faudra d’ailleurs choisir les tronçons à parcourir si l’on préfère le côté naturel de l’activité, car le « sentier » emprunte notamment 83 kilomètres de routes pavées ! Une visite au phare du Borgot peut conclure une virée dans le coin. Au nord-est de l’ile, dans la région de Fatima, se déroule la plage de la Dune du Nord qui rejoint, au bout de quelque seize kilomètres, l’ile de la Pointe-aux-Loups.

Ces iles sablonneuses balayées par les vents ont essentiellement été colonisées par des Acadiens exilés par les Britanniques. - Magazine Camper Ces iles sablonneuses balayées par les vents ont essentiellement été colonisées par des Acadiens exilés par les Britanniques.

D’une découverte à l’autre

Havre-Aubert est l’ile la plus à l’ouest de l’archipel. On s’y rend en longeant la plage de La Martinique, longue de treize kilomètres. Il ne faut pas manquer de faire la courte randonnée menant au sommet des buttes Les Demoiselles. La vue n’y est pas que jolie, elle donne aussi une idée du prochain arrêt: le site patrimonial de La Grave, un incontournable pour la beauté du lieu et pour son histoire. Tant qu’à être dans le coin, un arrêt au Bassin et au centre nautique L’Istorlet offre une occasion de faire une sortie en kayak pour mieux apprécier les Iles et, bien sûr, faire un détour par l’Anse-à-la-Cabane pour voir le phare éponyme.

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De retour sur la route 199 vers l’est, on quitte Cap-aux-Meules pour rejoindre Havre-aux-Maisons. Une première pause s’impose tout de suite pour prendre un café (et pourquoi pas une pâtisserie?) au Cindyhook. Il faut savourer l’agréable moment, assis sur la terrasse face à la Petite Baie et à la Butte à Mounette. En poursuivant vers l’est, on arrête au Fumoir d’Antan avant d’aller observer le phare du Cap-Alright. Puis, passé le seul aéroport de l’ile, le paysage s’ouvre: la mer, les dunes, l’immensité. La route traverse l’ile de la Pointe-aux-Loups, la plus petite de l’archipel, bordée d’un côté par la plage de la Dune du Nord et de l’autre par celle de Pointe-aux-Loups. La curiosité pousse aussi à faire un arrêt au parc éolien pour s’émerveiller de la proximité des pales monumentales qui tournent en sifflant doucement.

Un bain de nature

On arrive à la partie la plus orientale de l’archipel, la partie la plus isolée, la plus naturelle. Paradoxalement, en passant tout près des installations industrielles de la mine Seleine, qui exploite les dômes salins qui constituent le sous-sol de l’archipel. Rapidement, la route mène à l’une des deux entrées de la réserve nationale de faune de la Pointe-de-l’Est. De l’un des petits stationnements, on emprunte un sentier qui sillonne à travers les dunes pour se rendre à l’impressionnante plage de la Grande Échouerie. Wow… C’est ici, à Grosse-Île, que s’est établie l’une des deux communautés anglophones de l’archipel, l’autre nichant sur l’ile d’Entrée (à ne pas confondre avec l’ile de Grande-Entrée, la prochaine sur notre liste). 

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D’ailleurs, en s’arrêtant à l’auberge La Salicorne, juchée sur un buton face au Bassin aux Huîtres, pour dormir à son petit camping et profiter de ses différents services, on pourra facilement étendre la durée du séjour dans le coin. Une excellente option qui donnera l’occasion d’aller randonner à l’ile Boudreau. Le stationnement près de la plage est assez grand pour les véhicules récréatifs. Si l’on tourne à gauche, le sentier mène rapidement à de beaux points de vue. Pour sa part, le sentier de droite, moins inspirant au début, débouche sur des falaises et une plage qui justifient amplement le détour.

Déjà la fin qui approche

Le voyage tirant à sa fin, une visite à l’ile d’Entrée semblait s’imposer malgré le brouillard persistant. De retour à Cap-aux-Meules, la courte traversée vers l’ile, qui se devine à travers le manteau brumeux, mène à un petit port. L’ile ne fait que 7 km2 et l’attrait principal réside dans la randonnée qui mène au sommet de Big Hill, mais… on n’y voyait rien. Dommage. Les collines verdoyantes et le silence apaisant s’avéraient tout de même propices à une collation bien agréable, assis ainsi, seuls, entourés d’un épais brouillard qui laissait entrevoir de temps à autre une parcelle de terre ici, une autre de mer par là. Pour sûr, il faudra revenir. Les Iles ont encore plusieurs attraits à nous dévoiler.  

Camper aux iles doit se faire dans le respect de la nature, ces dernières étant très fragiles. - Magazine Camper Camper aux iles doit se faire dans le respect de la nature, ces dernières étant très fragiles.

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