Pour Rosalie Perron, parcourir plus de 1 000 kilomètres en moto en un weekend, ça n’a rien d’exceptionnel. Au guidon de sa Ninja 650 de Kawasaki, l’intrépide jeune femme dans la trentaine file droit devant, ne s’arrêtant que pour faire le plein de carburant, manger un peu, prendre des photos… et camper sous la tente.

Rosalie Perron, qui travaille comme peintre chez Posi-Plus Technologies, un fournisseur d’équipement industriel de Victoriaville, a découvert le plaisir de rouler sur deux roues il y a six ans. Mue par le désir de se trouver une passion, la résidente de Plessisville y a vu une façon d’explorer le continent à son rythme. « Adolescente, je m’intéressais beaucoup au motocross. Je me suis dit que faire de la moto de route pourrait bien être une suite logique. Je me suis acheté une Honda 1981 et je me suis inscrite au cours de conduite obligatoire », se souvient-elle. 

À sa première saison, en 2019, Rosalie fait quelques sorties d’un jour, toujours en solo, dans presque toutes les régions du Québec. Chaque fois, elle en revient ravie. Un matin toutefois – catastrophe! – la Honda achetée d’occasion ne démarre plus. À l’automne, sa propriétaire décide de la vendre. Quelques mois plus tard, elle tombe sous le charme d’une Ninja 650 de Kawasaki, un beau modèle 2019 auquel elle ne peut résister. « La moto était littéralement neuve, le compteur indiquait zéro. Et elle était peinte dans les couleurs que je préfère », s’exclame-t-elle. L’histoire d’amour avec la machine se poursuit toujours, 127 000 kilomètres plus tard.

En moto, mais pas encore en camping

À l’été 2020, Rosalie fait des virées presque tous les weekends, toujours au Québec. « J’ai commencé en faisant des boucles à partir de chez moi et à les compléter en une journée. Pour ce type de sortie, je fonctionne toujours de la même façon : je quitte la maison en pleine nuit, vers 2h, et je roule très, très longtemps. Je m’arrête pour prendre des photos dans des endroits qui m’inspirent, pour faire le plein de carburant et manger un peu. C’est tout! » 

Vous l’aurez compris, les pauses très peu pour Rosalie. « Moi, ce que j’aime, c’est faire de la route, voir du paysage. Je ne mange pas au restaurant, je ne fais aucune réservation nulle part », explique-t-elle. La mécanique fiable de son bolide et l’entretien minutieux qu’elle en fait lui ont assuré des sorties sans tracas jusqu’à maintenant.

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On sort la tente 

L’année suivante, motivée à l’idée de pousser plus loin la découverte, la motocycliste se procure une petite tente, un sac de couchage et un matelas de sol. Seulement de l’équipement utile pour pouvoir dormir quelques heures avant de reprendre la route. « Les campings privés ne me font tout simplement pas envie et j’essaie d’économiser le plus possible. Je me dis que ce que j’épargne en hébergement, je peux le dépenser en carburant », confie-t-elle. 

Rosalie a tenté l’expérience pour la première fois dans les Laurentides, après s’être rendu jusqu’à Maniwaki. « J’ai monté ma tente au fond du stationnement et tout s’est bien passé. Aucun animal n’est venu me réveiller, personne de bizarre ne m’a dérangée. J’ai bien eu une petite frousse lorsque j’ai vu une voiture de police en ouvrant la porte de ma tente après quelques heures de sommeil, mais j’ai rapidement compris que les policiers étaient sur place pour utiliser un radar. »

N’ayant décidément pas froid aux yeux, à la fin aout de la même année, elle décide de consacrer un long weekend à un aller-retour express à la baie James. Ce périple l’oblige à faire une pause camping au relais routier 381, le seul se trouvant sur la route Billy-Diamond, longue de plus de 620 kilomètres. « À cette période de l’année, j’anticipais du temps frais, mais il a fait très chaud. Dans la tente, le mercure devait atteindre 40 °C. Disons que ça a été… spécial », commente-t-elle en riant. Deux semaines plus tard, l’aventurière recommence l’expérience, cette fois dans le but de rouler encore plus loin et de se rendre jusqu’à Radisson, ce qui n’avait pas été possible la fois précédente. Les nuits beaucoup plus fraiches rendent la partie « camping » de l’expédition bien différente. « Même dans une tente Décathlon à 50$, je n’ai pas eu froid! Bien habillée, avec une doudou et un sac de couchage, j’étais ok. »

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De pareils weekends peuvent représenter jusqu’à 3000 kilomètres de route. « Le corps s’y habitue, nous informe-t-elle. Au début, lors de mes premières longues sorties à moto, j’avais mal aux fesses à la fin de la journée. Maintenant, ça va. Il faut dire que je fais des pauses régulièrement. Lorsque je me sens plus fatiguée, j’allonge les arrêts, je me dégourdis les jambes. C’est suffisant pour demeurer alerte », assure-t-elle.

Toujours plus loin

Maintenant qu’elle a confiance en ses capacités de voyager en solo, Rosalie Perron voit plus grand. En 2022, elle prend la route du Nouveau-Brunswick, dont elle explore la côte le temps d’un long weekend. « J’ai planté ma tente près d’une fourgonnette, presque au pied du pont de la Confédération », se rappelle-elle. Elle aime tellement l’expérience que, quelques semaines plus tard, elle se rend au nord de la Nouvelle-Écosse afin de rouler sur la mythique Cabot Trail. Un aller-retour express effectué en deux journées et demie. Puis, peu après, elle reprend le guidon pour rouler jusqu’à Kegaska, sur la Côte-Nord, tout au bout de la route 138. 

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Les deux saisons de moto qui suivront auront permis à Rosalie de réaliser un rêve : se rendre dans l’Ouest canadien sur deux roues. « À l’été 2023, j’ai réalisé que le moment était idéal pour entreprendre un long voyage. Je pouvais m’absenter du travail pendant trois semaines sans problème et j’avais mis de côté l’argent nécessaire. J’ai acheté une passe de Parcs Canada et j’ai pris la Transcanadienne sans regarder en arrière. J’ai passé mes plus belles vacances à vie! » 

Rosalie souligne que le camping est très règlementé dans l’Ouest et que planter sa tente à un endroit interdit peut entrainer de lourdes amendes. Fidèle à son habitude, elle a réussi à trouver des lieux où camper gratuitement, en toute légalité, bien souvent tout près de grands parcs qu’elle a adoré visiter. « De Plessisville à Tofino, sur l’ile de Vancouver, j’ai parcouru 14 000 kilomètres en 22 jours », note-t-elle.

L’année suivante, Rosalie reprend la route vers l’ouest, direction Yukon et Alaska, cette fois. Ce qui devait être un périple épique de trois semaines s’est allongé d’une semaine, des travaux routiers au nord de la Colombie-Britannique l’ayant forcée à modifier son itinéraire. 

Pour la motocycliste, la plus grande surprise du voyage a été de rencontrer des compagnons de route à un poste de ravitaillement sur la Dempster Highway, une autoroute du Yukon, en gravier, qui se rend jusqu’à la mer de Beaufort, tout au nord. « J’hésitais à l’idée de prendre la route avec ces Britanniques qui avaient le projet de faire le tour du monde en moto. J’apprécie tellement ma solitude ! Comme la Dempster est une route peu fréquentée et que l’état de la chaussée laisse parfois à désirer, j’ai décidé de rouler avec eux, pour une question de sécurité. Finalement, ça s’est avéré très plaisant! Nous avons passé 10 jours ensemble, au Yukon et en Alaska. Une belle expérience ! J’ai appris beaucoup en observant leur façon de voyager, aussi minimaliste que la mienne, mais plus structurée. »

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Et après?

Qu’est-ce qui s’annonce pour l’aventurière cet été? Ce ne sont pas les projets qui manquent! Elle aimerait bien se rendre jusqu’à la frontière États-Unis–Mexique ou encore retourner en Alaska, un État dont les paysages l’ont émerveillée. Comme on la connait, elle prendra probablement sa décision à la dernière minute!

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