Dans le cadre de son travail de consultant, notre collaborateur a eu la chance de sillonner la Côte-Nord à maintes reprises, que ce soit en avion, en automobile ou pour y faire du camping. Il vous fait découvrir ici les campings les plus à l’est de la Côte-Nord, ceux de la Minganie.
Mes visites de travail, plus spécifiquement à Havre-Saint-Pierre, Natashquan et Chevery, m’ont offert un contact privilégié avec les membres de ces communautés, si différentes les unes des autres par leur culture et leur langue, malgré leur proximité relative, mais dont l’accueil et l’hospitalité sont d’une égale chaleur.
Les campings de la région
Près de la moitié de la population de la Minganie réside à Havre-Saint-Pierre. La municipalité possède un camping municipal de bonne dimension, très accueillant, situé à l’extrémité est du village, avec accès à une belle plage sablonneuse. Sachez-le: l’eau y est très froide! L’établissement possède au total 88 emplacements, dont plus de la moitié sans services. Près des trois quarts des emplacements sont destinés aux voyageurs. Les campeurs peuvent profiter d’une aire de piquenique et d’un bloc sanitaire. Le camping est ouvert de la fin mai à la fin septembre. tourismehsp.com/categories-dormir/campings/
Pour ceux et celles qui veulent pousser l’aventure un peu plus loin, les 150 kilomètres de route séparant Havre-Saint-Pierre de Natashquan sont très accessibles aux VR. La présence de tourbières fait en sorte que ce tronçon de route ouvert en 1996 comporte de nombreuses lignes droites de plusieurs kilomètres, propices à faire « oublier sa vitesse ». Sachez cependant que, jamais bien loin, la Sûreté du Québec veille au grain!
Natashquan possède elle aussi un camping municipal, joliment nommé Chemin Faisant. Ce véritable havre de tranquillité logé dans les dunes, à deux pas de la mer, compte 42 emplacements, rustiques ou avec services, tous réservés aux voyageurs. Situé à proximité de plusieurs attraits touristiques, il offre accès et vue sur la mer. Outre un bloc sanitaire et une buanderie, il dispose d’une plage par laquelle il est possible de se rendre au village. En raison du nombre limité d’emplacements, il est fortement conseillé de réserver en haute saison. natashquan.org/camping/
Consciente de son isolement, la municipalité permet aussi – toujours en haute saison – de camper en mode autonome à certains endroits (stationnement municipal, stationnement de l’église), moyennant un montant forfaitaire journalier minime.
Un peu de géographie
Ces campings piquent votre curiosité? Gageons que leur région vous séduira elle aussi. Cette Minganie est en fait une municipalité régionale de comté (MRC) qui inclut l’ile d’Anticosti et forme l’avant-dernière portion de la Côte-Nord, avant la Basse-Côte-Nord à l’extrémité est. C’est à Kegaska, à 45 kilomètres de Natashquan, que la route 138 se termine actuellement et que se trouve la fameuse pancarte indiquant la fin de la route. Oui, celle que tout le monde photographie! Ce dernier tronçon n’a été asphalté que tout récemment. Passé Kegaska vers l’est, les villages de la Basse-Côte-Nord ne sont pas encore reliés au réseau routier du Québec et demeurent donc plus isolés, n’étant accessibles que par bateau ou par avion.
Fait intéressant: la Basse-Côte-Nord demeure à l’heure avancée toute l’année. Elle est donc à l’heure des Maritimes l’hiver et à l’heure du Québec l’été. C’est logique, car vu sa situation géographique, la nuit y tomberait avant 15 h si on y reculait l’heure l’automne. Lors de mes périples en avion, je décollais parfois de Chevery, en Basse-Côte-Nord, et atterrissais à Natashquan, en Minganie, 30 minutes avant mon départ!
Un sentier donnant accès à la plage, à Havre-Saint-Pierre.
C’est la route 138 que l’on doit emprunter pour se rendre en Minganie par voie terrestre. Depuis son prolongement vers Kegaska en 2013, il s’agit de la deuxième plus longue route au Québec avec 1 420 kilomètres. Certains la nomment affectueusement le plus long cul-de-sac de la province. La Minganie regorge d’attraits irrésistibles pour les caravaniers. À tel point que, lorsque je dois me rendre à Natashquan par affaires, plutôt que de prendre un vol direct pour Natashquan, je préfère faire le trajet Montréal–Sept-Îles en avion, puis faire en voiture les 365 kilomètres me séparant de ma destination, afin de profiter du paysage et d’un bon repas à Havre-Saint-Pierre.
Le développement linéaire de la région, le long du fleuve, fait en sorte qu’il est virtuellement impossible de s’y perdre. D’ailleurs, une belle façon de la découvrir est de se rendre directement à Havre-Saint-Pierre, d’en faire son port d’attache, de profiter des attraits locaux et de rayonner en faisant des excursions d’une journée vers Mingan et vers Natashquan. Une deuxième option est de s’installer à tour de rôle pour quelques nuits à chacun des pôles d’attraction que constituent Mingan, Havre-Saint-Pierre et Natashquan et de prendre le temps de visiter ces destinations.
Les cultures de la côte
Lors d’un premier voyage dans la région, le campeur s’étonnera de la diversité culturelle considérable d’une communauté à l’autre. En plus des différences notables entre les peuples autochtones et les membres des autres communautés, on passe de villages entièrement anglophones à d’autres, totalement francophones. C’est que, vers la fin des années 1850, sur une période d’environ 15 ans, plusieurs petits villages ont été semés le long de la côte par plus de 200 familles provenant des iles de la Madeleine, dont certaines originaires d’Acadie qui avaient subi la déportation. D’autres villages ont plutôt été fondés dans les années 1870-1880 par des Terre-Neuviens et des Irlandais.
L’isolement, accentué par l’absence de route, permit à chacun de conserver sa propre culture et son accent si particulier.
Le paysage à l'approche de l'irrésistible village de Natashquan
Les attraits de Havre-Saint-Pierre
La municipalité de Havre-Saint-Pierre englobe le territoire de l’ancienne seigneurie des Îles-et-Îlets-de-Mingan, qui correspond à l’archipel de Mingan. Elle a été la plus grande agglomération de la Côte-Nord jusqu’à la fondation de Baie-Comeau en 1936. Elle demeure à ce jour la plus importante municipalité et le siège de la Minganie, tout en abritant de nombreux services gouvernementaux, régionaux et municipaux.
Longeant une pointe de sable, Havre-Saint-Pierre offre un panorama exceptionnel sur le golfe. Connue depuis plusieurs années des touristes grâce à la réserve de parc national de l’Archipel-de-Mingan, la ville abonde en activités.
Tout curieux devrait commencer par une visite de la Maison de la culture Roland-Jomphe, pour en apprendre davantage sur l’histoire de la ville. On peut également dénicher un souvenir local à la Place des artisans. Des options de croisière aux iles Mingan s’offrent aux voyageurs et il est même possible de camper une nuit sur l’une des iles de l’archipel. Ou alors on choisit de se payer la traite avec un repas à saveur régionale, en particulier au fameux restaurant Chez Julie, pour ses fruits de mer de renommée quasi internationale. Suivra un spectacle dans la nouvelle salle de diffusion ou une promenade digestive sur la plage, avec l’espoir d’apercevoir une baleine. Rappelons que la région est l’un des meilleurs endroits au monde pour l’observation de mammifères marins. Nombre de compagnies organisent des excursions guidées et des expéditions en kayak de mer, avec retour par bateau en cas de conditions météorologiques défavorables. On peut également louer des planches à pagaie avec l’équipement nécessaire.
Et Natashquan
Fils d’un marin pêcheur et d’une institutrice de campagne, le poète, auteur, compositeur et interprète Gilles Vigneault a donné à son village natal toute sa renommée et fait de Natashquan un autre incontournable. Il est d’ailleurs possible de visiter la maison où l’artiste a grandi. L’erreur commune consiste d’ailleurs à se limiter à « venir voir » le village, puis à repartir aussitôt. Après avoir gouté l’accueil et l’hospitalité des habitants, plusieurs regrettent toutefois de n’avoir pas réservé plusieurs nuitées, afin de s’imprégner de l’endroit, de s’adapter au rythme lent du village et de rencontrer les Natashquanais.
On se rend à Natashquan pour admirer ses exaltants paysages nordiques, pour humer l’odeur de la mer, observer ses marées et se laisser dépayser. On s’arrête également au musée de la Vieille école, au centre d’interprétation Le Bord du Cap, au Café Bistro L’Échouerie ou encore au restaurant Le Goût du large, pour ne nommer que quelques exemples. Les plus aventureux souhaiteront peut-être se rendre au bout de la route, à Kegaska, à 45 kilomètres de Natashquan. Cela leur permettra de se faire photographier à côté de la fameuse pancarte!
Pour avoir la chance de camper à deux pas de la mer, il est préférable de réserver, surtout en haute saison.