La réserve faunique de La Vérendrye est faite pour le canot-camping: on y trouve un dédale de plans d’eau au coeur d’un paysage saisissant. L’expérience promet une ambiance sereine, envoutante.
Il y a quelque chose de méditatif à plonger sa pagaie dans l’eau calme d’un lac et à reproduire le mouvement encore et encore jusqu’à atteindre son campement pour la nuit. Le canot est en effet l’activité de plein air la plus contemplative que je connaisse. Et le Québec est un paradis pour la pratiquer grâce à son arrière-pays qui regorge d’innombrables labyrinthes lacustres où promener son esquif d’ile en ile. Des lacis comme celui de la réserve faunique de La Vérendrye, facilement accessible par la Route 117, qui abrite pas moins de 4 000 lacs. Rien que dans le secteur de l’Outaouais (sans compter celui d’Abitibi-Témiscamingue), quelque 800 kilomètres de circuits sont praticables en canot sur lacs, rivières et réservoirs, dont les immenses Dozois et Cabonga.
Une aventure humaine
Qu’importe la fine pluie qui commence à tomber alors que nous embarquons depuis la grève du Domaine, au nord de Montcerf-Lytton, pour entamer le circuit Antostagan no 11 en trois jours de canot-camping. En ce mois de juin, la température est plutôt confortable et la compagnie ne saurait être meilleure. Notre petit groupe de journalistes a le privilège d’être guidé par Jeff Thuot en personne, guide émérite et célébrité internationale, néanmoins humble et bienveillant comme le sont souvent les grands. Ses deux aides-guides, Martin et Éric, complètent parfaitement l’aréopage: le premier excelle dans l’art de réparer les canots pour la Sépaq, tandis que le second enseigne avec passion dans une école secondaire.
Prendre le rythme
Les fines gouttes de pluie créent de petits remous sur la surface de l’eau, tandis que Martin et moi ramons à l’unisson à bord d’un Rhéaume en kevlar, léger et performant. À chaque coup de pagaie, l’embarcation file sur l’eau en droite ligne, grâce aux coups en J que mon partenaire exécute à l’arrière. Le temps de faire connaissance et de briser la glace, le barreur et moi parvenons à un premier petit portage pour se rendre au lac Choisel, vers l’ouest. Tout le stock – canot, pagaies, barils – est transporté à dos d’homme (et de femme!) à passages répétés. Ces allers-retours nous ont passablement réchauffés. Tout le charme du territoire se révèle alors: grands pins, barrages de castors, emplacements de camping rustiques sur iles flottantes. C’est un autre portage, plus long cette fois (380 mètres), qui nous mène en fin d’après-midi jusqu’à une plage de sable fin, le campement où nous plantons nos tentes pour notre première nuit sous les étoiles. Nos guides, convertis en chefs cuisiniers, composeront un menu élaboré – poulet au beurre et dessert chocolaté, entre autres – que chacun de nous dégustera autour du feu, dans un échange de rires et d’anecdotes.
En territoire sauvage
Sous une pluie persistante, voire exacerbée, nous entamons la deuxième journée de notre périple aquatique. Grâce à notre équipement adapté, la qualité de l’expérience ne faiblit pas. Sur quatorze kilomètres, nous empruntons successivement les circuits nos 10 et 11, enchainant avec bonheur passages étroits et vastes étendues d’eau. Tandis que nous ramons tout près du canot de notre chef et guide, je vois Jeff plonger son verre en aluminium et le porter à sa bouche pour s’abreuver directement de l’eau du lac. Quel privilège de disposer d’une eau pure sans avoir à la filtrer avant de la boire! Je l’imite aussitôt, convaincue que le monsieur sait parfaitement ce qu’il fait.
En après-midi, alors que nous parvenons à notre deuxième emplacement de camping, chacun de nous participe à l’édification du campement: tentes individuelles, tente cuisine, feu de cuisson et toilettes sèches. Avant de poursuivre notre route pour boucler la boucle, dès le lendemain, cette nuit nous offrira un concert inoubliable et indissociable du charme du canot-camping: le chant polyphonique, et vaguement mélancolique, d’un couple de huards sous les reflets blafards de la lune.
Quelques repères
La plupart des circuits, qui se complètent en deux à dix jours, s’adressent aux canoteurs autonomes et expérimentés. Pour les autres, le « camping fixe » avec accès à plusieurs plans d’eau en canot peut s’avérer une bonne option.
Les règles du Sans trace s’appliquent partout. Les cartes des circuits canotables sont offertes par la Sépaq sur l’application Avenza Map et doivent être téléchargées préalablement sur un téléphone mobile pour être consultées sur place sans connexion internet. Un service de navette est offert pour les circuits linéaires.
Pour info: sepaq.com/rf/lvy
Les indispensables du canot-camping
En plus vêtements techniques à privilégier en plein air et en camping, voici quelques accessoires à apporter pour une expérience réussie:
• Vêtements de pluie (haut et bas) de type Gore-Tex
• Casquette ou chapeau
• Gants de vélo (pour éviter les échauffements aux mains)
• Chasse-moustique et crème solaire
• Sandales de plein air ou souliers nautiques
• Boitier hermétique pour téléphone et autres dispositifs électroniques
• Mousquetons pour fixer gourde et boitiers au canot
• Genouillères (pour les genoux sensibles)
L'étape agrotouristique locale
À Montcerf-Lytton, au coeur de la Vallée-de-la-Gatineau, un arrêt s’impose à la Ferme de nos rêves qui propose des produits du terroir: viande provenant de l’élevage de bovins et autocueillette de camerises de la fin juin jusqu’en juillet.
Pour info: 819-449-4691
Un camping à proximité
Au bord du gigantesque réservoir Baskatong, le Domaine des Huards se trouve à environ 30 minutes d’auto de la réserve faunique de La Vérendrye (secteur Outaouais). Cette pourvoirie propose une multitude d’activités nautiques et quelque 2 900 kilomètres de rives à parcourir en bateau, pédalo, kayak et planche à pagaie. Il y a du choix côté hébergement: des chalets et 300 emplacements de camping pour tentes et VR, pour un séjour court ou saisonnier. Le lieu parfait pour des vacances actives en famille. Ouvert de mai à l’Action de grâce.
Pour info: domainedeshuards.ca